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Crises politico-ethniques en Guinée : au-delà des émotions légitimes, faire preuve de lucidité !

L’espace dédié ici est inapproprié pour aborder, à sa juste valeur, la question politico-ethnique qui prévaut en Guinée. Essayer néanmoins d’en esquisser les contours essentiels s’avère fondamental, au regard des proportions que tend à prendre le problème au sein de « l’opinion visible ».

Les victimes des manifestations politiques du régime en place sont très majoritairement des Diallo, Bah, Barry, Sow, en un mot, des Peulh. C’est incontestable. Ces victimes sont aussi, bien souvent, associées à l’UFDG. Un amalgame s’installe dès lors facilement : interchanger victime ethnique et victime politique, au gré des enjeux.

« Les Peulh sont brimés, tués, parce que détestés par les Malinké et/ou le Pouvoir actuel ». Voilà un raccourci des plus réducteurs sur une réalité hautement complexe. Quelques précisions :

*Constat 1 : Les quelques Peulh proches du Pouvoir et du RPG-AEC sont mieux considérés que la majorité des Malinkés qui, elle, vit dans des conditions aussi misérables que la majorité des guinéens des autres ethnies.

*Constat 2 : Les rares Malinké qui rejoignent les rangs de l’UFDG sont taxés implicitement ou explicitement de traîtres, risquant de subir le même sort que les « Peulh de l’UFDG ». Ceci est d’ailleurs général dans la relation entre partis adverses.

*Constat 3 : Les Hauts-cadres des partis d’opposition sont rarement des victimes et bénéficient de conditions de vie identiques à ceux de leurs homologues au Pouvoir. Chacun, quoiqu’inégalement, a accès à un morceau du « gâteau national ».

*Constat 4 : Ce qui prévaut sous l’actuel régime, notamment sur l’Axe, semble certes inédit. Mais la prise en compte de l’histoire globale Guinéenne, dès ses origines coloniales au moins, révèle plutôt la continuité d’un système. Celui de la minorité des dominants contre l’écrasante majorité des dominés, les « gens d’en Haut » contre les « gens d’en bas ».

Le problème fondamental n’est pas inter-ethnique mais plutôt inter-social. La requalification de la situation s’impose. Les guinéens du « Bas-peuple » ont en partage la marginalité et la précarité sociales, quels que soient leur ethnie, région, religion, parti politique. Ils devraient en être conscients et trouver leur adversaire principal. Le groupe des guinéens du « Haut-Peuple », gardant exclusivement pour eux, les ressources de la « République » (la chose commune, le gâteau de tous).

La tournure ethnico-politique de cette réalité ressemble en fin de compte à un épais nuage de haine et de sang qui voile les rayons apaisants d’une Guinée nouvelle. Le vrai combat n’est pas celui de se préparer à arroser le sol guinéen de ce que contient cet assombrissant nuage. Les fruits sauvages qui en pousseront laisseront le « Bas-peuple » dans ses éternels appétits, jamais inassouvis. Le « Haut-peuple » continuera à se gaver du gâteau de tous.

Le combat d’aujourd’hui est celui de pousser ce nuage sulfureux loin des terres d’un peuple qui prêcha l’unité, loin de l’Humanité tout court ; un peuple qui montra, antan, la voie à l’Afrique. Pour que brillent de toute leur force les rayons d’un nouvel espoir. Celui du progrès (le vrai), de la redistribution équitable des ressources, du lissage de la relation dominant-dominé, de l’unité dans la diversité.guinee

Le « Haut-peuple » de tous les bords politiques et ethniques est uni, sa division n’est qu’un leurre, ses promesses, pompeuses. Il est temps que s’unissent les bords politiques et ethniques du « Bas-Peuple » pour que la Guinée soit à tous les guinéens. Sa division compromet, chaque jour, un peu plus, la venue de cette Guinée tant espérée.

Auteur : Ramadan Diallo

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