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Crises politico-ethniques en Guinée : Pistes pour sortir du système « gens d’en Haut » contre « gens d’en Bas »

Mon propos dans le texte précédent a consisté à recadrer le débat sur un volet souvent occulté, pourtant fondamental : la structuration de la société guinéenne en un Centre politique (les « gens d’en Haut »), autour duquel gravite un amas populaire fragmenté (« gens d’en Bas »). Le présent texte vient en complément au premier pour essayer de proposer une piste de solution.

1. Aperçu sur les forces et faiblesses des deux niveaux

Les « gens d’Haut » sont ceux qui ont directement accès au Pouvoir politique, se servant de ses ressources matérielles et symboliques pour conforter leur position de privilégiés. Les hauts-cadres (élus ou nommés, du Pouvoir ou de l’Opposition, toutes ethnies confondues) sont systématiquement des « gens du Haut-peuple ». Forces principales : légitimité légale, donc maîtres des rouages publiques et politiques, monopole des ressources matérielles et symboliques, unité dans la protection de leurs privilèges (accords politiques, nomadisme politique, changement de rôle mais pas de position sociale). Faiblesse : rivalités pour le contrôle du noyau du Haut, « le cœur du pouvoir politique » ; absence de programmes et d’actions crédibles orientés vers « les gens d’en Bas », donc légitimité populaire fragile ; survie fondée sur la perpétuation du statu quo, donc la crédulité des « gens d’en Bas » en position de suiveurs hypnotisés.

Les « gens d’en Bas » sont ceux qui aspirent à sortir de leurs précarités pour un meilleur bien-être : sécurité, santé, éducation, infrastructures, etc. Pour l’essentiel, leur espoir est porté sur le « Haut-peuple ». Forces : véritable détenteur du pouvoir (au sens d’influence), seul en mesure de casser le système en place ; constitué par l’écrasante portion de la société ; brides de prise de conscience en gestation ; volonté de découdre avec le statu quo en formation mais dispersée. Faiblesses : absence d’une prise de conscience généralisée sur le système à l’œuvre, car façonné pour et prédisposé à se soumettre au « Haut-peuple » (dans sa diversité), entretenant et perpétuant ainsi le statu quo ; contraint (à tort), du fait de sa position précaire, à survivre du système, car ne percevant point d’autre alternative convaincante à l’horizon.

2. Parler d’une proposition de solution serait prétentieux. Tout au plus, il ne peut s’agir que de pistes envisageables, à approfondir…

* Phase 1 : Recadrer et recentrer le débat politique ou la prise de conscience

S’atteler à universaliser la prise de conscience sur l’existence d’un système « Haut-Peuple » – « Bas-peuple », en lieu et place des multiples segmentations ethnico-politiques de la société guinéenne. Construire une sorte de répertoire discursif autour de cette configuration afin de supplanter l’actuelle. En faire une grille de lecture sur les relations politiques en Guinée. Appropriation par la minorité de l’élite consciente du « Bas-peuple », communication à travers les différents canaux formels et informels pour toucher le plus grand nombre. Bref, sensibiliser le « Bas-Peuple » sur les vrais enjeux et diminuer les risques de son instrumentalisation.

* Phase 2 : Créer des vecteurs et des supports pour la diffusion et l’expression pratique de l’alternative

Le but étant d’en faire un véritable moyen de rapprochement des deux positions (abaissement du Haut et élévation du Bas), avec des résultats matériels et symboliques concrets sur la redistribution des ressources extraites par l’Etat. Reconfigurer les mécanismes d’action des « gens d’en Bas » (partis, associations, syndicats, …) sur cette nouvelle logique, rompant ainsi d’avec les orientations fallacieusement clivantes, instituées par et pour les « gens d’en Haut ». Forger une conscience nationale qui, sans annihiler les particularismes, les transcende.

* Phase 3 : Construire progressivement un pacte social davantage consensuel que conflictuel, fondé sur l’essentiel

L’accès à l’Etat cesse d’être une fin en soi et pour soi pour devenir, en pratique, l’aboutissement de la meilleure des propositions, la plus consensuelle, pour le mieux-être des Guinéens. Le clivage « gens d’en Haut » et « gens d’en Bas » disparaît donc à terme, car le « Haut » et le « Bas » ne se distinguant que symboliquement. Etre en « Haut » ne devient plus synonyme d’accaparement des ressources et être en « Bas », l’équivalent de la précarité. Le nouveau système est paramétré de sorte que, être en « Haut » est davantage une charge qu’une faveur ou un avantage. Plutôt que d’être conflictuel, voire violent, l’accès au pouvoir d’Etat devient simplement compétitif. L’alternance n’est plus seulement mécanique, une affaire de tour, mais la nécessité d’expérimenter de nouvelles propositions pour mieux extraire et redistribuer les ressources nationales : une quête effrénée pour un mieux-être. C’est alors que la Guinée commencera à ressembler à une famille.

Tel un puzzle, le « Bas-peuple » dispose des pièces, il lui suffit de les placer dans le bon ordre, après un dépoussiérage du schéma…

Ramadan Diallo Avec Guineeactu

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