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« La Russie et l’Afrique ont beaucoup à gagner dans leur partenariat bilatéral »

La diabolisation de la Russie dans les médias occidentaux semble avoir produit l’effet inverse en Afrique. En effet, depuis quelques années, la Fédération russe intensifie la coopération avec le continent, à travers les prises de participations dans les sociétés, les dons et appuis divers. Pour comprendre ce grand retour de l’ex-Union soviétique, nous avons interrogé Mikhail Gamandiy-Egorov, journaliste chroniqueur pour le Service francophone de l’Agence russe d’information internationale Rossiya Segodnya (Sputnik France).

Fin mars 2018, au cours d’un entretien accordé à la chaîne panafricaine Afrique Média, le président Faustin Archange Touadéra a particulièrement salué l’aide apportée par la Fédération de Russie à la République centrafricaine. En quoi consistait cette aide ?

Cette aide consistait en la livraison d’armements destinés aux Forces armées centrafricaines (FACA) et leur formation par des instructeurs militaires russes au maniement de ces armes. D’autres domaines d’interaction commune verront certainement le jour bientôt.

Depuis bientôt deux décennies, on assiste à une offensive russe sur le continent africain. Ouverture d’ambassades, annulation de la dette, soutien militaire, investissements divers… Qu’est-ce qui explique ce grand retour ?

Certains représentants de l’élite occidentale avaient beau à déclarer que la Russie post-soviétique n’est qu’une puissance régionale, la réalité elle est bien différente. La Fédération de Russie est bel et bien une puissance mondiale, et qui a les moyens d’avoir des intérêts dans toutes les régions du monde.

Dans le cas de l’interaction avec l’Afrique, il faudrait aussi se souvenir que l’interaction russo-africaine était très forte au temps de l’URSS, notamment durant la Guerre froide.

Beaucoup de pays africains ont d’ailleurs obtenu leur liberté face aux prédateurs colonialistes et néocolonialistes occidentaux grâce au soutien décisif de l’URSS et aussi de Cuba.

Le temps est probablement venu aujourd’hui de renforcer les anciennes amitiés et d’en créer de nouvelles. Le tout dans le cadre multipolaire du monde.

Quels sont les atouts de la Russie aujourd’hui ?

La Russie sait respecter la souveraineté des Etats. Et sait tenir compte des intérêts de son partenaire, qu’il soit grand ou petit, puissant ou faible. Je ne doute pas une seconde que la Russie continuera à s’imposer sur la scène internationale, et ce à divers endroits du monde.

Depuis cinq siècles, l’Afrique est systématiquement pillée par les puissances étrangères. La Russie n’est-elle pas une nouvelle puissance impérialiste qui arrive déguisée en Père-Noël ?

Premièrement, la Russie n’a pas d’histoire coloniale avec l’Afrique. Deuxièmement, la Russie soviétique a activement soutenu le processus de décolonisation en Afrique. Plus que cela, Moscou a accordé un soutien militaire et économique à tous ces pays qui venaient de se libérer. Il faudrait d’ailleurs aussi se rappeler que des milliers de cadres africains ont été formés dans les universités soviétiques à titre d’assistance.

Dernier point, la Russie ne connaît pas l’hypocrisie à l’occidentale. Oui, la Russie pensera à ses intérêts légitimes, y compris économiques, car les réalités idéologiques sont aujourd’hui différentes que celles de l’époque soviétique. N’empêche, il y a de bonnes traditions qui ne se détruisent pas. D’autant plus que la Russie a su indéniablement analyser les erreurs des faux partenaires occidentaux.

Comment l’Afrique peut-elle tirer profit de l’embargo imposé par l’Union européenne à certains produits russes ?

La Russie et l’Afrique ont beaucoup à gagner dans leur partenariat bilatéral. Il y a bon nombre de produits africains qui peuvent avoir l’accès au grand marché russe et profiter des opportunités offertes dans le cadre de l’interdiction en Russie de nombreux produits agroalimentaires occidentaux, dont européens – dans le cadre des contre-sanctions russes aux sanctions occidentales imposées contre la Russie.

De l’autre côté, l’Afrique a besoin de technologies et de savoir-faire que la Russie pourra indéniablement apporter. Je suis optimiste sur l’avenir des relations russo-africaines, y compris dans le domaine économico-commercial. La volonté est réelle de part et d’autre, et c’est cela le plus important.

Le point noir de la coopération russo-africaine c’est le racisme. Qu’est-ce qui explique selon vous les actes racistes anti-noirs régulièrement enregistrés en Russie ?

Je pense que vous reprenez des réalités aujourd’hui heureusement dépassées. La Russie version 2018 n’est pas celle des années 1990, ni même de 2000 ou 2005. Donnez-moi un exemple d’acte raciste anti-noir récent en Russie – il n’y en a pas. Le pouvoir russe a su gérer efficacement le problème des groupes extrémistes xénophobes. C’étaient des marginaux, ils l’ont toujours été et le resteront. La différence est qu’aujourd’hui ils ne se permettent plus d’agir impunément.

J’ai un grand nombre de mes amis africains vivant à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kazan et d’autres villes russes qui sortent le soir sans aucun accompagnement et rentrent tranquillement à la maison au petit matin. Donc ne ravivons pas de vieux démons. La Russie a su tourner cette page honteuse de son histoire contemporaine qui était applaudie en Occident mais décriée par la population russe. Aujourd’hui, c’est une autre Russie et une autre réalité.

Votre mot de fin…

Visitez la Russie et voyez le tout de vos propres yeux ! Notamment durant la Coupe du Monde. Les élites occidentales voulaient tellement nous l’arracher, mais se sont, une fois de plus, cassé les dents.

Source : Investig’Action

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