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Le ping-pong nucléaire KIM JONG UN , MON IDOLE !!!

Ceux qui commentent mes articles après n’avoir lu que le titre vont trouver ces mots scandaleux. Or le véritable scandale, ce sont eux-mêmes. Car la perception diabolisée qu’ils ont du Président nord-coréen vient simplement de ce qu’ils entendent dire les adversaires historiques de ce dernier. En l’occurrence, les USA et leurs alliés européens.

Activons notre cerveau : la Corée de Kim Jong Un n’a pas commis le dixième du quart des crimes de ceux qui aujourd’hui l’appellent « criminel ». Il n’a détruit ni l’Irak, ni l’Afghanistan, ni la Syrie. Et si vous êtes Africain, vous n’avez qu’à répondre à la question de savoir qui a sinistré la Libye, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Biafra, et continue de nous piller en plein jour sans grosse inquiétude.

BEHIND THE SCENES – LE SALUT NUCLÉAIRE

La Corée du Nord n’a pas mis l’Afrique en esclavage pendant 400 ans, et exigé ensuite de lui payer un impôt colonial incompréhensible. Mais arrêtons jusque-là . Car ce qui fait de Kim Jong Un le modèle à suivre pour tout Africain, ne concerne même pas la comparaison entre ses exactions et celles de ses détracteurs du Grand Ouest.

Il s’agit plutôt de sa vision de la politique intérieure, et des excellentes retombées internationales. Oui, Kim Jong Un est un excellent Président. Le meilleur dont pouvaient rêver les Nord-Coréens, et c’est l’actualité récente qui nous le prouve :

En effet, pendant que les pays de l’Ouest fustigent le grand retard de la Corée du Nord par rapport à son voisin sudiste, (PIB entre 10 et 20 milliards USD, contre 1400 milliards au Sud), Kim a préféré miser sur l’autonomie à long terme, avant de consolider pour de bon l’économie. À l’instar de son prédécesseur et père Kim Jong Il, et de son grand-père Kim Il Sung avant lui, il estime qu’un pays qui veut atteindre à un développement véritable doit au préalable s’assurer une totale indépendance politique.

C’est ce que va nous apprendre le ping-pong autour du vrai-faux bluff nucléaire de ces derniers jours.

STOP À L’ARME NUCLÉAIRE … VRAIMENT ?

Le samedi 21 avril 2018, le dirigeant communiste fait une déclaration fracassante : la Corée du Nord arrête ses essais de tirs de missiles intercontinentaux et ses armes balistiques longue portée.
Cette nouvelle surprend d’autant plus que ces derniers mois, la situation s’était considérablement envenimée avec les USA, l’autre Corée et le Japon, suite aux essais répétés du gouvernement nord-coréen, jugés comme une provocation par ces trois pays, et condamnés à l’unanimité. Le survol illégal de l’île japonaise d’Hokkaido par une raquette le 29 août 2017, constituera l’un des pics de cette crise.

On s’attendait alors presqu’à un début de troisième guerre, nucléaire et sanglante. Et puis survient cette annonce improbable. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer le volte-face soudain d’un dirigeant qui, quelques jours auparavant, semblait prêt à défier le monde entier pour acquérir la puissance nucléaire?

Les naïfs vous diront que les pressions américaines ont fini par avoir raison de la détermination du jeune Président. D’autant plus que le tout nouveau et très sulfureux Secrétaire d’Etat Mike Pompeo s’est rendu fin mars à Pyongyang, et que Donald Trump envisage de rencontrer Kim Jong Un dans les semaines à venir.

Or il n’en est rien. La vérité nous est fournie sans jeu de mots par Kim Jong Un lui-même, au travers de l’agence de presse nationale, la KCNA. Il affirmera : « Les armes étant opérationnelles, nous n’avons plus besoin de continuer les essais. » Et il déclarera que le site de Punggye-Ri dont il promet la fermeture : « a rempli sa mission. »

Mais le plus important viendra par la suite :

« On avait besoin d’être puissants. Se protéger d’une invasion américaine. Maintenant, on peut se concentrer sur le développement de l’économie socialiste. »

QU’EST-CE QUE CELA NOUS APPREND?

Depuis son avènement en 2012, le monde considère le jeune dirigeant comme un fou à lier, dans ce pays qui consacre l’essentiel de son budget à l’armement, où 10 millions de personnes (sur 25 millions) ont besoin d’aide alimentaire, et où seule une poignée a accès à internet, voire à l’électricité. Pourtant, la feuille de route de la dynastie des Kim est toute tracée, et très largement inspirée de la Chine. Morceaux choisis :

Avant que la Chine ne s’ouvre au monde au début des années 80 (Notamment par la visite de Deng Xiaoping à la Maison Blanche), le pays s’est doté de l’arme nucléaire en 1964. Il s’agissait depuis Mao Zedong, de garantir une indépendance politico-militaire, pour s’assurer que le développement ne serait pas dicté par une grande puissance extérieure.
Bien que cela ait coûté la vie à 45 millions de Chinois lors du fameux « Grand Bond En Avant » de Mao, la Chine ne semble pas regretter ses choix aujourd’hui. Sa force de frappe militaire lui a assuré une place au Conseil de Sécurité de l’ONU, et lui a permis de faire des choix économiques gagnants, sans crainte d’un dictât externe. (Comme c’est le cas de nombreux pays, même riches, dont d’ailleurs la Corée du Sud et le Japon)

Voila pourquoi il faut retenir que Kim Jong Un a annoncé l’arrêt des essais longue portée (ceux qui peuvent atteindre les terres américaines), et non le démantèlement de l’arsenal nucléaire déjà acquis. Il n’a même pas prévu d’arrêter les essais à courte portée. C’est donc par naïveté que Trump répond sur Twitter à un journaliste de <CBC News> qu’il n’a « rien cédé », et déclare que : « La décision de la Corée du Nord est une bonne nouvelle pour le monde. »

C’est justement la Corée du Nord qui a amorcé le dialogue et annoncé l’arrêt des manœuvres, et non l’intimidation de ses cerbères externes. C’est le Premier knistre japonais Shinso Abe et son ministre de la Défense Itsunori Onodera qui ont vu juste en déclarant que l’effort de la Corée du Nord était : »insuffisant », et qu’il fallait : « Maintenir la pression » pour un abandon total. Évidemment, il n’aura jamais lieu, mais eux au moins ne sont pas aussi puérils que le fantasque locataire de la White House.

Kim est donc loin d’être fou. C’est au contraire un excellent tacticien, qui a su résister aux pressions internationales jusqu’à l’obtention du graal nucléaire. Et quand bien même l’on douterait de l’effectivité de son arsenal, la probabilité que la Corée du Nord se fasse un jour envahir par des troupes ou des bases américaines (comme c’est le cas pour le Sud) est tout simplement tombée à zéro pour cent.

Dans la foulée, elle veut désormais ouvrir le dialogue avec le Sud, ainsi qu’avec les USA et le monde occidental, afin de profiter de la technologie et du savoir-faire externe, et à long terme de sortir de l’enclavement économique. C’est une méthode qui a fonctionné à la perfection en Chine comme en Inde. Il ne serait donc pas surprenant, dans les trois décennies à venir, de voir North Corea supplanter South Corea (actuellement l’un des 15 PIB les plus élevés du monde)

ET L’AFRIQUE DANS TOUT ÇA ?

Si le continent africain demeure encore le marchepied des nations, c’est parce que Mandela a eu la naïveté de laisser Frederik de Klerk démanteler l’arsenal naissant du pays en 1989, alors qu’on atteignait les 6 ogives nucléaires en phase terminale. C’est aussi parce que Khadafi a plié aux pressions américaines et britannique en 2003 et a tourné le dos à son programme. Enfin, c’est parce que, les élites africaines d’aujourd’hui ignorent totalement ce qu’est le « Paradigme ». En Afrique Noire notamment, la vérité demeure celle dictée par l’ancienne puissance coloniale. Avec une telle hérésie politique, il n’est pas étonnant que rien d’audacieux n’en sorte.

La Corée du Nord à l’instar de la Chine, a tenté une approche appelée le « Byungjin », c’est-à-dire le développement simultané de l’économie et de l’armement. Étant donné l’énorme potentiel naturel de l’Afrique, nous n’aurons pas besoin de passer par la mort de millions de personnes pour y arriver. Avec une bonne organisation , le rapatriement de nos cerveaux expatriés et la réinvention de nos modèles économiques en fonction de ce potentiel naturel, nous surpasserons ceux qui jadis nous ont piétinés.

En 1968, les puissants de ce monde ont créé le TNP (Traité pour la Non-Prolifération du nucléaire). Le hic, c’est qu’à ce moment-là, ils le possédaient déjà tous ! En gros, nous avons la bombe atomique, mais nous ne voulons pas que vous la fabriquiez à votre tour! Alors à votre avis, lorsque la Corée du Nord est sortie de ce traité en 2003 : c’est parce que ses dirigeants étaient les fous qu’on nous présente, ou bien d’excellents stratèges?

Claude Wilfried Ekanga Ekanga
(Derrière le rideau)

Frankfurt, le 25 avril 2018

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