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Le wahhabisme saoudien au service de l’impérialisme occidental

Lorsque le prince héritier saoudien a déclaré, dans une interview au Washington Post, que c’était en fait l’Occident qui encourageait son pays à diffuser le wahhabisme aux quatre coins du monde, il y a eu un long silence dans presque tous les médias occidentaux, mais aussi dans les pays comme l’Égypte et l’Indonésie.

Ceux qui ont lu cette déclaration s’attendaient à une réprimande sévère de la part de Riyad. Elle n’est pas venue. Le ciel n’est pas tombé. La foudre n’a pas frappé le prince ni le Post.

Tout ce que le prince héritier a déclaré n’a pas été repris dans les pages du Washington Post, mais ce qui l’a effectivement été suffirait à faire tomber des régimes entiers comme en Indonésie, en Malaisie ou au Brunei. Ou au moins suffirait dans des « circonstances normales ». C’est-à-dire si la population de ces pays n’était pas déjà désespérément endoctrinée et programmée, si ses dirigeants n’approuvaient ou ne toléraient pas la forme la plus agressive, chauvine et ritualisée (par opposition à sa forme intellectuelle ou spirituelle) de la religion.

Si on lit entre les lignes, le prince saoudien a suggéré que c’était effectivement l’Occident qui, tout en menant une « guerre idéologique » contre l’Union soviétique et les autres pays socialistes, avait choisi l’islam et son aile ultra-orthodoxe et radicale – le wahhabisme – comme allié pour détruire presque toutes les aspirations progressistes, anti-impérialistes et égalitaires dans les pays à majorité musulmane.

Comme l’a rapporté RT le 28 mars 2018:

« La diffusion du wahhabisme financé par les Saoudiens a commencé lorsque les pays occidentaux ont demandé à Riyad de les aider à contrer l’Union soviétique pendant la guerre froide, a déclaré le prince héritier Mohammed bin Salman au Washington Post.

S’adressant au journal, bin Salman a dit que les alliés occidentaux de l’Arabie saoudite ont exhorté le pays à investir dans des mosquées et des madrasas à l’étranger pendant la guerre froide, dans le but d’empêcher l’intrusion de l’Union soviétique dans les pays musulmans…

L’interview avec le prince héritier s’est initialement déroulée “off the record”. L’ambassade saoudienne a néanmoins accepté ultérieurement de laisser le Washington Post publier des passages spécifiques de la rencontre. »

Depuis le début de la propagation du wahhabisme, des pays se sont effondrés les uns après les autres, ruinés par l’ignorance, le zèle fanatique et la peur, qui ont empêché les population d’États comme l’Indonésie d’après 1965 ou l’Irak d’après l’invasion occidentale de revenir (à l’époque précédant l’intervention occidentale) et en même temps d’avancer vers quelque chose qui était si naturel dans leur culture dans un passé pas si lointain – vers le socialisme ou au moins une laïcité tolérante.

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En réalité, le wahhabisme n’a pas grand-chose à voir avec l’islam. Ou, plus précisément, il intercepte et fait dérailler le développement naturel de l’islam, sa lutte pour une organisation égalitaire du monde et pour le socialisme.

Le Britanniques sont à l’origine du mouvement ; les Britanniques et l’un des prédicateurs les plus radicaux, fondamentalistes et régressifs de tous les temps – Muhammad ibn Abd al-Wahhab.

L’essence de l’alliance wahhabo-britannique et du dogme était et est toujours extrêmement simple :

« Les chefs religieux forceraient les gens à une peur terrible et irrationnelle, et à la soumission qui s’ensuivrait. Aucune critique de la religion n’est admise ; aucun questionnement de son essence et en particulier de l’interprétation conservatrice et archaïque du Livre. Une fois conditionnés de cette façon, les gens ont cessé de remettre en question d’abord l’oppression féodale, puis plus tard l’oppression capitaliste ; ils ont également accepté sans sourciller le pillage de leurs ressources naturelles par les maîtres locaux et étrangers. Toutes les tentatives de construire une société socialiste et égalitaire ont été découragées, avec brutalité, “au nom de l’islam” et “au nom de Dieu”. »

Résultat, évidemment, les impérialistes occidentaux et les serviles « élites » locales s’en mettent plein les poches aux dépens des millions de gens appauvris et dupés dans les pays contrôlés par les dogmes wahhabites et occidentaux.

Seul un petit nombre de gens, dans les pays colonisés dévastés, réalisent que le wahhabisme ne sert pas Dieu ou le peuple ; il soutient les intérêts et la cupidité occidentaux.

C’est précisément ce qui se passe actuellement en Indonésie, mais aussi dans plusieurs autres pays conquis par l’Occident, dont l’Irak et l’Afghanistan.

Si la Syrie tombait, ce pays historiquement laïque et à orientation sociale serait forcé dans la même épouvantable direction. Les gens là-bas en sont conscients, car ils sont éduqués. Ils voient aussi ce qui est arrivé à la Libye et à l’Irak et ils ne veulent absolument pas finir comme eux. Ce sont les combattants terroristes que l’Occident et ses laquais comme l’Arabie saoudite ont lancés contre l’Etat syrien et son peuple.

Affiche du Front des défenseurs de l’islam (FPI) radical à Jakarta (photo Andre Vltchek)

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Malgré son hypocrite rhétorique laïque, fabriquée pour la consommation locale mais pas pour les colonies, l’Occident glorifie ou au moins refuse de critiquer ouvertement ses rejetons brutaux et « anti-peuple » – un concept qui a déjà consumé et ruiné tant le Royaume d’Arabie saoudite que l’Indonésie.

En fait, il essaie de convaincre le monde que ces deux pays sont « normaux » et, pour ce qui concerne l’Indonésie, « démocratique » et « tolérante ». En même temps, il a constamment combattu tous les pays laïques ou relativement laïques avec des majorités musulmanes importantes, comme la Syrie (jusqu’à maintenant), mais aussi l’Afghanistan, l’Iran (avant le coup d’État de 1953), l’Irak et la Libye avant qu’ils ne soient soigneusement et brutalement détruits.

C’est dû au fait que l’état dans lequel l’Arabie saoudite, l’Indonésie et l’’Afghanistan se trouvent actuellement est le résultat direct des interventions occidentales et de l’endoctrinement. L’injection du dogme wahhabite donne à ce « projet » occidental un parfum musulman, tout en justifiant les milliers de milliards de dollars injectés dans les « dépenses de défense » destinés à la « Guerre contre le terrorisme » (un concept ressemblant à un étang de pêche asiatique, où on introduit des poissons qui sont ensuite pêchés contre paiement).

L’obéissance, voire la soumission, c’est ce que l’Occident, pour de nombreuses raisons, veut de ses États « clients » et de ses néo-colonies. Le Royaume d’Arabie saoudite est un trophée important à cause de son pétrole et de sa position stratégique dans la région. Les dirigeants saoudiens font souvent tout pour plaire à leurs maîtres à Londres et Washington, mettant en œuvre la politique étrangère pro-occidentale la plus agressive. L’Afghanistan est « apprécié » pour sa situation géographique, qui pourrait permettre à l’Occident d’intimider et même d’envahir l’Iran et le Pakistan, tout en introduisant des mouvements musulmans extrémistes en Chine, en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Entre 1 et 3 millions d’Indonésiens « ont dû » être massacrés en 1965-1966 afin de mettre au pouvoir une clique turbo-capitaliste corrompue qui pouvait garantir que les ressources naturelles au départ infinies (bien que s’amenuisant rapidement aujourd’hui) puissent s’écouler, dans un flot ininterrompu et souvent non taxé, dans des endroits comme l’Amérique du Nord, l’Europe, le Japon et l’Australie.

Franchement, il n’y a absolument rien de « normal » dans des pays comme l’Indonésie et l’Arabie saoudite. En fait, il faudrait des décennies, mais plus probablement encore des générations entières, pour les faire revenir au moins à une sorte de « normalité » modeste. Même si le processus devait commencer bientôt, l’Occident espère qu’à la fin, presque toutes les ressources naturelles de ces pays auront disparu.

Mais le processus n’a pas encore commencé. La principale raison de la stagnation intellectuelle et de l’absence de résistance est évidente : les gens dans les pays comme l’Indonésie et l’Arabie saoudite sont conditionnés de telle sorte qu’ils ne sont pas en mesure de voir la réalité brutale qui les entoure. Ils sont endoctrinés et « pacifiés ». On leur a dit que le socialisme est égal à l’athéisme et que l’athéisme est mal, illégal et « péché ».

Ainsi l’islam a été modifié par les démagogues occidentaux et saoudiens, et il a été « envoyé au combat » contre le progrès et un arrangement juste et égalitaire du monde.

Cette version de la religion défend sans réserve l’impérialisme occidental, le capitalisme sauvage ainsi que l’effondrement intellectuel et créatif des pays dans lesquels elle a été introduite, y compris l’Indonésie. Là-bas, à son tour, l’Occident tolère la corruption généralisée, le manque criant de services publics voire les génocides et les holocaustes commis d’abord contre les Indonésiens eux-mêmes, puis contre la population du Timor oriental, et jusqu’à ce jour contre les Papous, hommes, femmes et enfants sans défense. Ce n’est pas seulement une « tolérance » – l’Occident participe directement à ces massacres et à ces campagnes d’extermination, car il participe à la diffusion des formes les plus viles du terrorisme et des dogmes wahhabites aux quatre soins du monde. Tout cela alors que des dizaines de millions d’adeptes du wahhabisme remplissent quotidiennement les mosquées, pratiquant des rituels mécaniques sans réflexion approfondie ni introspection.

Le wahhabisme fonctionne – il fonctionne pour les entreprises minières et les banques dont les sièges sociaux sont à Londres et à New York. Il fonctionne aussi extrêmement bien pour les dirigeants et les « élites » locales dans les États « clients ».

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Ziauddin Sardar, un éminent érudit musulman du Pakistan, qui habite Londres, n’a aucun doute sur le fait que le « fondamentalisme musulman » est, dans une grande mesure, le résultat de l’impérialisme et du colonialisme de l’Occident.

Il m’a expliqué lors d’une conversation que nous avons eue il y a plusieurs années :

« En effet, la confiance entre l’Occident et l’Islam a été brisée… Nous devons comprendre que le colonialisme a fait beaucoup plus qu’abîmer les nations et les cultures musulmanes. Il a joué un rôle majeur dans la suppression et la disparition finale de la connaissance et du savoir, de la pensée et de la créativité des cultures musulmanes.

La rencontre coloniale a commencé par l’appropriation de la connaissance et du savoir de l’Islam, qui est devenu la base de la « Renaissance européenne » et des « Lumières » et s’est terminée par l’éradication de cette connaissance et de ce savoir des sociétés musulmanes et de l’Histoire même. La colonisation l’a fait par l’élimination physique – détruire et fermer des institutions d’enseignement, interdire certaines formes de savoir indigène, tuer des penseurs et des érudits locaux – et par la réécriture de l’histoire comme l’histoire de la civilisation occidentale, dans laquelle toutes les histoires mineures des autres civilisations sont intégrées.

« Du coup, les cultures musulmanes ont été coupées de leur propre histoire avec de nombreuses conséquences graves. Par exemple, la suppression coloniale de la science islamique a conduit à l’exclusion de la culture scientifique de la société musulmane. Cela s’est fait en introduisant de nouveaux systèmes administratifs, juridiques, éducatifs et économiques, tous conçus pour instaurer la dépendance, l’obéissance et la soumission à l’égard des puissances coloniales. Le déclin de la science et du savoir islamiques est un aspect de la décadence et de la détérioration des sociétés musulmanes.

L’Islam a été transformé, passant d’une culture dynamique et d’un mode de vie global à une simple rhétorique. L’éducation islamique est devenue un cul-de-sac, un aller simple vers la marginalité. Elle a également conduit à la réduction conceptuelle de la civilisation musulmane. Je veux dire par là que les concepts qui ont formé et dirigé les sociétés musulmanes se sont dissociés de la vie quotidienne des musulmans – conduisant au genre d’impasse que nous trouvons dans les sociétés musulmanes aujourd’hui. Le néo-colonialisme occidental perpétue ce système. »

Ziauddin Sardar et Andre Vltchek discutant de l’islam au club de M. Sardar à Londres (photo Andre Vltchek)

***

En Indonésie, après le coup d’État militaire de 1965 soutenu par l’Occident, qui a détruit le Parti communiste d’Indonésie (PCI) et porté au pouvoir un régime pro-marché et pro-occidental extrémiste, les choses se sont détériorées avec une prévisibilité, une cohérence et une rapidité effrayantes.

Alors qu’on disait que le dictateur fasciste Suharto, un implant occidental après 1965, « se méfiait de l’islam », il a en fait utilisé toutes les grandes religions avec une grande précision et un effet fatal sur son archipel. Au cours de son despotisme pro-marché, tous les mouvements de gauche et les « -ismes » ont été interdits, donc la plupart des formes progressistes d’art et de pensée. La langue chinoise a été rendue illégale. L’athéisme a également été interdit. L’Indonésie est rapidement devenue l’un des pays les plus religieux de la planète.

Au moins un million de personnes, y compris des membres du PCI, ont été brutalement massacrés dans l’un des génocides les plus monstrueux du XXe siècle.

La dictature fasciste du général Suharto a souvent joué la carte islamique pour ses fins politiques.

Comme le décrit John Pilger dans son livre The New Rulers of The World (Les nouveaux maîtres du monde) :

« Les généraux de Suharto ont souvent utilisé des groupes islamistes dans les pogroms de 1965-1966 pour attaquer les communistes et quiconque se trouvait en travers de leur chemin. Un modèle a émergé : chaque fois que l’armée voulait asseoir son autorité politique, elle utilisait les islamistes pour des actes de violence et de sabotage, de sorte que ce sectarisme pouvait être accusé et justifier l’inévitable « répression » – par l’armée… »

Un « bel exemple » de coopération entre la dictature meurtrière de droite et l’islam radical.

Après le départ de Suharto, la tendance à une interprétation grotesque et fondamentaliste des religions monothéistes a continué. L’Arabie saoudite et le wahhabisme favorisé et parrainé par l’Occident se sont mis à jouer un rôle de plus en plus important. Tout comme le christianisme, souvent prêché par d’anciens exilés radicaux de droite de la Chine communiste et leurs rejetons ; principalement dans la ville de Surabaya mais aussi ailleurs.

De pays laïque et progressiste sous le gouvernement du président Sukarno, l’Indonésie s’est progressivement dégradée en un État wahhabite et pentecôtiste chrétien de plus en plus rétrograde et bigot.

Après avoir été forcé de démissionner de la présidence de l’Indonésie au cours de ce que beaucoup considèrent comme un coup d’État constitutionnel, Abdurrahman Wahid (connu en Indonésie sous le surnom de Gus Dur), un laïc musulman progressiste et sans doute socialiste, m’a fait part de ses pensées :

« De nos jours, la plupart des Indonésiens ne se soucient pas de Dieu ni ne pensent à lui. Ils ne font que suivre des rituels. Si Dieu descendait du ciel et leur disait que leur interprétation de l’islam est fausse, ils continueraient à suivre cette forme d’islam et ignoreraient le Dieu. »

« Gus Dur » a aussi vu clair dans toutes les combines des élites militaires et pro-occidentales. Il m’a dit, entre autres choses, que l’attentat de 2003 contre l’hôtel Marriott à Jakarta avait été organisé par les forces de sécurité indonésiennes puis imputé aux islamistes, qui en fait ne faisaient qu’exécuter les ordres donnés par leurs patrons politiques du régime militaire pro-occidental, déguisé jusqu’à aujourd’hui en une « démocratie multipartite ».

En Indonésie, une obéissance extrême et inconditionnelle aux religions a conduit à une acceptation aveugle d’un système capitaliste, et de l’impérialisme occidental et de sa propagande. La créativité et le pluralisme intellectuel ont été totalement éliminés.

La quatrième nation la plus peuplée de la planète, l’Indonésie, n’a présentement aucun scientifique, architecte, philosophe ou artiste d’envergure internationale. Son économie est alimentée exclusivement par le pillage débridé des ressources naturelles des vastes régions, autrefois vierges, du pays, comme Sumatra et le Bornéo indonésien (Kalimantan), ainsi que de la partie occidentale brutalement occupée de la Papouasie. L’ampleur de la destruction de l’environnement est monumentale ; c’est quelque chose que j’essaie actuellement de capter dans deux films documentaires et un livre.

La conscience de l’état des choses, même parmi les victimes, est minimale ou légitimement inexistante.

Dans un pays qui a été dépouillé de ses richesses, de son identité, de sa culture et de son avenir, les religions jouent aujourd’hui le rôle le plus important. Il ne reste tout simplement rien d’autre à la majorité. Le nihilisme, le cynisme, la corruption et la violence règnent sans rencontrer d’opposition.

Dans les villes sans théâtres, sans galeries ni cinémas d’art et d’essai, mais aussi sans transports publics ni même trottoirs, dans les centres urbains monstrueux abandonnés aux « marchés » avec peu de verdure ou de parcs publics, les religions remplissent le vide. Comme elles sont elles-mêmes rétrogrades, favorables au marché et cupides, les résultats sont aisément prévisibles.

Dans la ville de Surabaya, pendant les prises de vues pour mon film documentaire réalisé pour la chaîne de télévision sud-américaine TeleSur (Surabaya – Eaten Alive by Capitalism – Surabaya – Dévorée vivante par le capitalisme), je me suis heurté à un énorme rassemblement chrétien protestant dans un centre commercial, où des milliers de gens étaient dans une transe totale, criant et levant les yeux au plafond. Une prédicatrice criait dans un microphone :

« Dieu aime les riches et c’est pourquoi ils sont riches ! Dieu déteste les pauvres, et c’est pourquoi ils sont pauvres ! »

Von Hayek, Friedmann, Rockefeller, al-Wahhab et Lloyd George ensemble pourraient difficilement définir leurs « idéaux » d’une manière plus précise.

Le président Abdurrahman Wahid « Gus Dur » (photo Andre Vltchek)

***

Qu’a dit exactement le prince saoudien pendant sa mémorable et révolutionnaire interview avec The Washington Post? Et pourquoi est-ce si pertinent pour des endroits comme l’Indonésie ?

Il a dit essentiellement que l’Occident avait demandé aux Saoudiens de rendre les États « clients » de plus en plus religieux, en construisant des madrasas et des mosquées. Il a également ajouté :

« Je crois que l’islam est raisonnable, que l’islam est simple, et les gens sont en train d’essayer de le détourner. »

Les gens ? Les Saoudiens eux-mêmes ? Les religieux dans des endroits comme l’Indonésie ? Les dirigeants occidentaux ?

À Téhéran, en Iran, on m’a souvent dit lorsque je discutais de ce problème avec de nombreux chefs religieux :

« L’Occident a réussi à créer une religion totalement neuve et étrange, puis il l’a injectée dans divers pays. Il appelle cela l’islam, mais nous ne pouvons pas le reconnaître… Ce n’est pas l’islam, pas du tout. »

***

En mai 2018, en Indonésie, des membres de groupes terroristes hors-la-loi ont provoqué une émeute dans une prison, ont pris des otages puis ont brutalement assassiné des gardiens. Après l’écrasement de la rébellion, plusieurs explosions ont choqué Java Est. Des églises et des postes de police ont pris feu.

Des gens sont morts.

Les tueurs ont utilisé les membres de leurs familles, et même des enfants, pour perpétrer les attentats.

Les hommes responsables étaient en fait inspirés par les combattants indonésiens implantés en Syrie – les terroristes et les assassins qui ont été appréhendés et renvoyés par Damas dans leur grand pays plongé dans la confusion.

De nombreux terroristes indonésiens ayant combattu en Syrie sont maintenant sur leur propre territoire, enflammant et « inspirant » leurs compatriotes. La même situation que dans le passé – les cadres djihadistes indonésiens qui combattaient le gouvernement pro-soviétique en Afghanistan sont revenus plus tard et ont tué des centaines et des milliers de gens à Poso, à Ambon et dans d’autres endroits d’Indonésie.

Les extrémistes indonésiens sont en train de devenir célèbres dans le monde entier, menant les batailles de l’Occident en tant que légionnaires, en Afghanistan, en Syrie, aux Philippines et ailleurs.

Leur influence au pays croît également. Il est aujourd’hui impossible de mentionner en public une réforme sociale ou, Dieu nous en garde, socialiste. Les réunions sont dispersées, les participants battus, et même les représentants du peuple (les députés) sont intimidés, accusés d’être des « communistes », dans un pays où le communisme est toujours interdit par le régime.

Le gouverneur progressiste et très populaire de Jakarta, Ahok, a d’abord perdu les élections puis a été traduit en justice et jeté en prison pour « insulte à l’islam », des accusations manifestement fabriquées.

Son péché principal : nettoyer les rivières polluées de Jakarta, construire un réseau de transports publics et améliorer la vie des gens ordinaires. C’était clairement « non islamique » du moins du point de vue du wahhabisme et du régime mondial occidental.

L’islam radical indonésien est craint aujourd’hui. Il est incontesté. Il gagne du terrain, car presque personne n’ose le critiquer ouvertement. Il submergera bientôt toute la société et l’étouffera.

En Occident, le « politiquement correct » a cours. Il est tout simplement de la dernière impolitesse de critiquer la forme d’« islam » indonésienne, voire saoudienne, par « respect » pour les gens et leur « culture ». En réalité, ce ne sont pas les Saoudiens ou les Indonésiens qui sont « protégés » – c’est l’Occident et ses politiques impérialistes ; des politiques et des manipulations utilisées à la fois contre les peuples et l’essence même de la religion musulmane.

La base de l’armée de l’air américaine de Bagrani en Afghanistan (photo Andre Vltchek)

***

Tandis que le dogme wahhabite-occidental devient de plus en plus puissant, ce qui reste des forêts indonésiennes brûle. Le pays est littéralement pillé par les grandes multinationales et par ses élites locales corrompues.

Les religions, le régime fasciste indonésien et l’impérialisme occidental avancent main dans la main. Ils avancent – mais vers où ? Très probablement vers l’effondrement total de l’Etat indonésien. Vers la misère qui viendra bientôt, lorsque tout sera exploité et extrait.

C’est la même chose que lorsque le wahhabisme marchait main dans la main avec les impérialistes et les pilleurs britanniques. Sauf que les Saoudiens ont découvert leurs immenses champs de pétrole, des quantités de pétrole pour subvenir à leurs besoins (ou au moins à ceux de leurs élites et de la classe moyenne, puisque les pauvres vivent toujours dans la misère là-bas) et leur interprétation bizarre de l’islam, inspirée et soutenue par les Britanniques.

L’Indonésie et d’autres pays qui ont été victimes de ce dogme ne sont pas et ne seront pas aussi « chanceux ».

C’est magnifique que le prince héritier Mohammed bin Salman ait parlé publiquement et clarifié la situation. Mais qui écoutera ?

Pour les Indonésiens, ses déclarations sont venues trop tard. Elles n’ont pas ouvert beaucoup d’yeux, n’ont provoqué aucun soulèvement, aucune révolution. Pour comprendre ce qu’il a dit, il faudrait au moins une connaissance de base de l’histoire locale et mondiale, et au moins une certaine capacité de penser avec logique. Tout cela fait désespérément défaut dans les pays qui se sont retrouvés écrasés par l’étreinte destructrice de l’impérialisme.

L’ancien président de l’Indonésie, Abdurrahman Wahid, avait raison : « Si Dieu venait et disait… les gens ne le suivraient pas… »

L’Indonésie continuera à suivre M. Wahhab et le dogme capitaliste et les impérialistes occidentaux qui « ont tout arrangé ». Ils le feront dans les années à venir, en se sentant vertueux, en jouant de vieux airs nord-américains pour meubler le silence, pour ne pas penser et ne pas remettre en question ce qui se passe autour d’eux. Il n’y aura pas de doutes. Il n’y aura pas de changement, pas de réveil ni de révolution.

Jusqu’à ce que le dernier arbre tombe, que la dernière rivière et le dernier fleuve soient empoisonnés, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien pour les gens. Jusque là, ce sera la soumission totale, absolue : jusqu’à ce que tout soit brûlé, noir et gris. Peut-être, alors, quelques humbles petites pousses d’éveil et de résistance commenceront-elles à grandir.

Andre Vltchek est un philosophe, romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des douzaines de pays. Trois de ces derniers livres sont son hommage à « La Grand Révolution Socialiste d’Octobre », un roman révolutionnaire « Aurora » et le best-seller documentaire politique : « Exposer les mensonges de l’Empire ». Regardez ses autres livres ici. Regardez Rwanda Gambit, son documentaire révolutionnaire sur le Rwanda et la RD Congo. Après avoir vécu en Amérique latine, en Afrique et en Océanie, Vltchek réside actuellement en Asie de l’Est et au Moyen-Orient et continue de travailler autour du monde. Il peut être contacté via son site Web et son compte Twitter.

Traduit de l’anglais par Diane Gilliard pour Investig’Action

Source : Investig’Action 

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