28 °C Capitale d’État-Zone Spéciale de Conakry, GN

[Vidéo] L’eurodéputé Philippe Lamberts raconte les coulisses de son coup d’éclat face à Macron

Le successeur de Daniel Cohn-Bendit à la tête des Verts a surpris le Parlement européen mardi en offrant une corde d’escalade au président français.

Nos voisins d’outre-Quiévrain ont le chic pour se payer nos sommités françaises. On connaissait l’« entarteur » multirécidiviste Noël Godin, bourreau de Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Chevènement ou encore Bernard Henri-Lévy. Dans un tout autre registre, place à l’« encordeur » Philippe Lamberts.

Au terme d’un réquisitoire de cinq minutes mardi au Parlement européen, ce député écologiste de 55 ans a offert une corde d’escalade au président Emmanuel Macron. Une référence à la métaphore alpine des « premiers de cordée » sur laquelle le chef d’Etat français assume fonder sa politique économique. La boutade n’a pas vraiment plu à l’intéressé.

Philippe Lamberts nous le confesse d’entrée : l’idée n’est pas de lui mais de son épouse. « Elle voulait qu’un geste symbolique vienne clore mon intervention. C’était la surprise du chef, se félicite-t-il, interrogé par le Parisien. J’avais le texte depuis des mois. Et j’avais clairement indiqué à ma collègue vice-présidente qu’elle pouvait faire tous les discours aux chefs d’Etat tant que je faisais celui-ci ».

La figure de Cohn-Bendit au-dessus de ce duel

Cette mission savamment préparée ne consistait pas tracer une ligne rouge avec le seul Emmanuel Macron. Au-dessus de ce duel planait aussi la figure de Daniel Cohn-Bendit, son envahissant prédécesseur au poste de président du groupe Les Verts/ALE jusqu’en 2014. « Il a rejoint le camp Macron avec armes et bagages voici deux ans, poursuit-il. Et quand on sait qu’il fait actuellement tout ce qu’il peut pour obtenir le ralliement de la famille verte à En Marche, il fallait absolument lui montrer que lui c’est lui, et que nous c’est nous ». L’élu a notamment pointé du doigt les assignations à résidence, les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, les enjeux du nucléaire ou encore les démantèlements de camps de migrants.

Cela n’empêche que des points de convergence existent, a-t-il tenu à préciser juste après en coulisses à Macron. « Bien sûr qu’on peut travailler ensemble sur un certain nombre de choses, notamment contre la dérive d’extrême-droite du Parti populaire européen. Une dérive incarnée en France par Laurent Wauquiez qui chasse sur les terres du FN », développe-t-il avec assurance.

LIRE AUSSI >Cohn-Bendit candidat macroniste ? « J’ai perdu l’habitude de dire jamais », répond l’ex-Vert

« Il m’a fait une poignée de main à la Trump »

Mais ces mots n’ont pas vraiment eu l’effet escompté. « Déjà, en public, Emmanuel Macron a caricaturé l’essentiel de mon propos en se drapant dans la vertu du professeur d’école. Et cela a continué après, s’emporte le Belge. Après une poignée de main à la Trump, il m’a pris à partie et répété à trois reprises que j’avais sorti des stupidités. Cela montre que finalement, il a la peau relativement fine ».

Lamberts reste en tout très satisfait des retours de ce qu’il rechigne à qualifier de « coup médiatique ». « Je n’ai jamais été dans la com’ pour la com. Je ne vends pas des tapis, se défend-il. Simplement, depuis que je suis coprésident et non pas un simple élu, je dois savoir vendre ce qu’on fait. »

A écouter une de ses anciennes camarades, la transformation est en effet radicale entre les deux mandatures. « Je ne m’attendais pas vraiment à un tel coup d’éclat de sa part, explique au Parisien Sandrine Bélier, qui l’a côtoyé sur les bancs écologistes de 2009 à 2014. C’est quelqu’un de déterminé et un gros bosseur. Mais il était surtout réputé pour être discret, très poli et pour faire des interventions posées et construites ».

Son ennemi, c’est la finance

Arrivé à Bruxelles en 2009, il n’avait pas vraiment le profil-type de l’écolo, et encore moins de l’eurodéputé. Look strict, de confession catholique, père de quatre enfants, ingénieur en mathématiques ayant passé 22 ans dans la privé, dont trois dans la filiale française d’IBM. Seulement, la crise des subprimes qui s’abat sur l’Europe va précipiter sa formation. Avec son CV atypique, ce francophile prend vite le « lead » des dossiers économiques, se souvient son ancienne collègue Sandrine Bélier.

En 2013, il devient même « l’homme le plus détesté de la City » de Londres, à en croire Le Monde. Pourquoi cette haine des financiers ? Le Parlement et le Conseil européen viennent de plafonner les bonus des banquiers à 100 % de leurs salaires, un projet dont il est le principal artisan. « Ce dont Philippe manque dans la connaissance et la compréhension du secteur bancaire, il le compense largement dans la certitude et l’entêtement », reconnaît un banquier dans un portrait que lui consacre le Financial Times en 2013. « Cet homme n’est pas votre écolo moyen », tranchait alors ce journal de référence.

Depuis ce temps-là, il tient d’ailleurs un bulletin météorologique un peu spécial, appelé « Les Sept péchés capitaux des banques ». Pour recevoir un soleil radieux, une établissement bancaire doit ainsi être peu endetté, ne pas spéculer et ne pas collaborer avec les paradis fiscaux.

« Nous ne sommes pas ici soumis au roi Schultz ! »

En moins d’une dizaine d’années Philippe Lamberts semble donc être parvenu à se jouer des codes du métier. Avant Macron, le président du Parlement européen Martin Schultz avait déjà subi en plein hémicycle les remontrances de l’écologiste. « Nous ne sommes pas ici soumis au roi Schultz ! », avait-il asséné en 2015 à l’Allemand. La fronde portait alors sur la non-reconduction d’une commission chargée d’enquêter sur les pratiques d’optimisation fiscale de certaines multinationales dans la foulée des révélations Lux Leaks. La fiscalité tiens, encore un sujet de désaccord avec Emmanuel Macron…

Si l’on creuse un peu, il y a bien un sujet qui pourrait réconcilier les deux hommes. « Je suis pour une totale séparation de l’Eglise et de l’Etat mais les chrétiens qui s’engagent en politique doivent pouvoir eux aussi affirmer ce pour quoi ils se battent », déclarait Philippe Lamberts à l’été 2017 dans La Libre Belgique. Le président jupitérien a lui promis, au début du mois d’avril, de « réparer le lien » entre l’Eglise et l’Etat. Et si les deux hommes avaient enfin une même corde à leur arc ?

Avec leparisien

Comments

comments

ça pourrait vous intéresser

Qu’est-ce que le racisme d’État ?

Avant d’aborder la question du « racisme d’État » rappelons que cette expression fait partie du vocabulaire que certains voudraient interdire. D’autres termes subissent le même procès en sorcellerie comme « islamophobie », « blanc », « privilège », etc. En fait dès qu’un terme ou une expression semble investit par un groupe dominé pour rendre compte de son expérience et de […]

Représailles : : La Russie ferme le consulat américain de Saint-Pétersbourg et expulse 60 diplomates

Moscou a annoncé ce 29 mars l’expulsion de 60 diplomates américains ainsi que la fermeture de la représentation consulaire américaine de Saint-Pétersbourg, soit le même nombre que les membres du corps diplomatique sommés de quitter les Etats-Unis. S’exprimant lors d’une conférence de presse commune à Moscou ce 29 mars avec Staffan de Mistura,envoyé spécial de […]

Laisser un commentaire