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Vidéo Liban : Choquant À Bourj Hammoud, le visage de la haine raciale à découvert

Deux employées de maison kényanes ont été brutalement agressées par un militaire et ses proches en pleine rue. L’incident, qui remonte à dimanche soir, a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux et au-delà.

Après l’affaire du petit Soudanais expulsé de la garderie à la demande d’une mère libanaise ne souhaitant pas voir son bébé côtoyer un enfant de couleur, un nouvel épisode de racisme accompagné d’une choquante éruption de violence contre deux employées de maison kényanes a été relayé hier par les réseaux sociaux, provoquant l’indignation.

Dans une vidéo postée hier sur la page Facebook de « Weyniyyé el-dawlé » (Où est l’État), on peut voir un homme attraper violemment deux femmes noires par les cheveux et les frapper alors qu’elles sont à terre dans une rue de Bourj Hammoud. Sur d’autres vidéos également en circulation, on peut voir que l’homme agressant les deux femmes reçoit rapidement des renforts de la part de deux autres colosses ainsi que d’une femme, venus déverser leur haine, à coups de poing et de pied, sur les deux jeunes femmes, immobilisées au sol. Ce n’est qu’au bout de longues minutes que des passants ont fini par intervenir pour mettre un terme à cette brutalité.


À la faveur d’une enquête express effectuée par L’OLJ, on apprenait que l’agresseur principal est un soldat de l’armée, bien connu dans le quartier où il posséderait un petit café fréquenté par des militaires. L’agression, qui s’est produite dimanche vers 18h, a eu lieu après que le soldat en cause (D.C.), qui se trouvait à bord de sa voiture avec son épouse et ses enfants, eut braqué son véhicule en direction des deux femmes qui marchaient dans le quartier, selon la version du Mouvement antiracisme (MAR), qui a pris en charge l’affaire. La « déviation » de la voiture a provoqué la chute de l’une des deux Kényanes qui tentait d’éviter d’être écrasée.
Effarée, son amie a alors demandé au conducteur la raison de son comportement qui lui a semblé délibéré. « Pourquoi avez-vous fait cela ? » a-t-elle lancé, rapporte le MAR. « Parce que je suis dans mon pays et que je suis libre de faire ce que je veux », aurait répliqué le militaire avant de descendre du véhicule pour se déchaîner contre les deux femmes. Un attroupement se forme autour des victimes et deux hommes surgissent de la foule, apparemment des amis du soldat, pour s’en prendre à leur tour aux deux Kényanes, les rouant de coups et les tirant par les cheveux. Témoins de la scène depuis le véhicule où ils se trouvaient, les enfants du soldat, choqués, lui auraient crié : « Ça suffit papa, ça suffit ! » L’épouse du soldat, quant à elle, est venue se joindre à la mêlée pour déverser à son tour son lot de haine sur les deux victimes.Les deux femmes souffrent de contusions et de blessures légères au visage et dans les membres.

Cet incident survient dans un contexte marqué par une grave escalade des actes à caractère raciste et xénophobe au Liban, témoignant de sentiments exacerbés par le discours identitaire adopté par une partie de la classe politique, sur fond notamment de crise des réfugiés syriens.

Déportation en vue
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Selon le témoignage des activistes du MAR, les deux victimes ont été conduites au poste de police du quartier, sans leurs agresseurs. Là, un enquêteur recueille leur témoignage et note fidèlement les propos des deux femmes. Lors de l’entretien, censé être confidentiel, un agent de la Sûreté générale en costume officiel fait irruption dans le commissariat, et se présente, en nommant à voix haute l’institution dont il relève, comme étant le frère de l’agresseur, avant de se retirer… Aussitôt, les deux victimes sont arrêtées et transférées le même soir au poste de police de Nabaa, sous l’accusation de ne pas être en possession de documents réguliers sur elles. Toujours selon le récit obtenu par le MAR, l’enquêteur a informé des proches des employées de maison que ces dernières « ne seront pas déférées devant le tribunal militaire ». « Ce qui est une bonne chose », aurait-il tenu à souligner, avant d’ajouter : « Par conséquent nous n’allons pas poursuivre cette affaire. Mais les deux femmes seront expulsées du pays parce qu’elles n’ont pas de papiers. »

Contacté hier soir par L’OLJ, le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, a assuré avoir saisi le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de l’affaire, le juge Peter Germanos. « Pour l’instant, l’enquête est toujours entre les mains des FSI comme me l’a assuré le directeur de l’institution, le général Imad Osman. Elle est suivie par le commissariat de Bourj Hammoud. Je ne sais pas encore si l’armée va de son côté effectuer une investigation », ajoute le ministre, qui assure toutefois qu’un représentant de l’armée se trouvait au poste de police en question et, surtout, que l’agresseur a été arrêté. Contacté à son tour, le juge Peter Germanos a refusé de faire le moindre commentaire sur cette affaire.

De son côté, un porte-parole des FSI affirme à L’OLJ que le dossier a « déjà été transféré devant le tribunal militaire puisqu’il s’agit d’un incident qui s’est produit avec un élément de l’armée ». Auparavant, les FSI avaient publié un communiqué précisant que les deux jeunes femmes ne sont pas en possession de titres de séjour valables et qu’une enquête a été ouverte. Les deux femmes, qui ont porté plainte pour coups et sévices, ont été auscultées par un médecin légiste. « En les examinant, ce dernier leur a dit : “Dans tous les cas, vous semblez bien plus meurtries que le soldat qui vous a rouées de coups” ». Ce qui laisse entendre qu’il a aussi ausculté l’agresseur, dont personne, FSI ou autres, ne parle. Selon la LBCI, ce dernier aurait également porté plainte contre les deux Kényanes…

Pour la directrice du Mouvement antiraciste, Farah Salka, « l’argument des documents de séjour irréguliers est devenu le maître-mot et un prétexte pour laisser filer les auteurs des crimes les plus abjects. Mais il faudrait surtout se demander pourquoi certaines employées se dérobent à la régularisation de leurs papiers », poursuit Mme Salka, qui ajoute : « La réponse est que leurs conditions de travail sont devenues insupportables à la lumière des monstruosités dont elles témoignent au quotidien, leur traitement s’apparentant de plus en plus à de l’esclavage. » La directrice affirme au passage que son association, dont la mission à l’origine est de faire de la sensibilisation et de la formation en matière de travailleurs migrants, « est inondée de cas de maltraitance et de violence dus au racisme et à la xénophobie ». « Nous passons la moitié de notre temps à suivre des affaires comme celles de ces deux Kényanes. Notre société qui a abandonné toutes ses valeurs est en chute libre. Chacun se permet désormais de semer la terreur parmi une population vulnérable du fait de la couleur de sa peau », déplore-t-elle.

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